Comment les années électorales, la croissance semballe
Pour revenir sur le thème « la bataille des chiffres », un petit commentaire de l’édito du canard (je veux parler de l’article central de la première page, généralement écrit par Erik Emptaz). Ces éditos sont en ce moment bien portés sur le thème de la dette, comme nous pouvons le constater une fois de plus dans le numéro du 14 février : « Des chiffres et des dettes ».
Je vous rappelle qu’une campagne électorale est l’art de tenir le plus longtemps possible en promettant tout et n’importe à un maximum de groupes de personnes susceptibles de se sentir visés par ladite promesse, le tout en se faisant quotidiennement torpiller par son opposition qui dénonce, offusquée et choquée, calomnies et aberrations. C’est du sport, c’est pas donné à tout le monde.
Le seul chiffre pour lequel il n’y a pas contestation possible, c’est celui de la dette : 1170 milliards d’euros bon poids. « Insoutenable », d’après Ségolène. « Cool », d’après Doc Gynéco. « Insuffisant » d’après Fabius.
Maintenant intervient l’art du chiffrage : chaque mesure annoncée à un coût, qu’il faut évaluer, du moins faire semblant. Mais les rentrées de l’Etat dépendent grandement de la croissance : en effet, un point de croissance équivaut à 17 milliards d’euros de rentrées supplémentaires. Quand on a un programme de l’ordre de 35 milliards d’euros (à peu près l’ordre de grandeur annoncé par les deux principaux candidats), il suffit d’inventer 2 points de croissance pour voir son programme financé. Simple, non ?
Nos candidats seraient bêtes de s’en priver : les deux « adversaires » tablent sur 2,5% de croissance pendant 5 ans pour leurs évaluations respectives. Le Canard nous apprend qu’en 2002, les deux candidats logiquement au deuxième tour tablaient également sur 3% pendant 5 ans, alors que nous constatons une moyenne de 1,5% par an sur le dernier quinquennat ! C’est apparemment un point tout à fait consensuel dans le débat politique, l’anticipation de la croissance en période électorale.
Une preuve de plus, s’il en fallait une, que les politiques s’en cognent gracieusement, des finances publiques. Du moment qu’ils sont élus …