Les candidats et les chiffres ....
Son premier responsable « fiscalité et financement » ayant apparemment jeté l’éponge cette semaine, il semblerait que quelqu’un de sérieux s’y colle : Michel Sapin, qui m’avait fait très bonne impression dans un article des échos au point que j’en ai écrit un billet la semaine dernière (« L’économie n’est pas l’apanage de la droite »). Espérons que ça donnera des ailes fiscales à Ségolène et qu’elle se mettra dans les prochains jours à chiffrer telle un comptable cocaïnomane.
Les Echos du 13 février, décidément comme à l’habitude très portés sur les questions économiques, nous ont fait un petit récapitulatif des propositions et comptes prévisionnels des 3 principaux candidats à l’heure actuelle : Ségolène, François et Nicolas (de gauche à droite dans le tableau, ils font bien les choses les Echos).
Qu’y apprend-t-on ? Que Sarkozy pense effectuer une baisse des prélèvements obligatoires de 34 milliards d’euros (ça a l’air sympa pour les finances publiques), qu’il va réduire les droits de succession de 5 milliards, mettre en place un bouclier fiscal pour 4 milliards ainsi qu’une prise en charge de la dépendance pour 3,5 milliards : ça fait donc du 51 milliards à vue de nez, principalement répartie dans les baisses des prélèvements. En financement (jusque là, logique), une réforme des régimes spéciaux rapportera 3 milliards, le non-remplacement de fonctionnaire 5 milliards, les franchises sur actes-médicaux 1,25 et une revue des programmes publics, X (à savoir non chiffré). Ca fait quand même léger, une dizaine de milliards en face.
Ségolène fait plus simple : 31 milliards de dépenses programmées (maintien du salaire à 90% la première année de chômage coûte 8 milliards, 7 milliards à la recherche, 6 milliards aux créations d’emploi, 6 milliards à la solidarité et 4 milliards aux petites retraites). Pour la partie financement, c’est 3X (triple X) : il y a marqué 3 fois « non-chiffré ». Bonne chance M Sapin. On peut donc dire que c’est du même acabit que Sarko. Un budget tranquillement déficitaire, en rupture avec l’équilibre, qui fait fourmiller un désir d’avenir endetté.
Pour le moment, j’ai envie de dire « pas mal » à Bayrou : il est le seul à avoir équilibré (à un milliard près, mais ce ne sont que des estimations) son programme. En dépenses, on a des exonérations fiscales pour les deux premières embauches (5 milliards), un service civique obligatoire (3), un allègement des charges sur les heures supplémentaires (3 milliards), une revalorisation du minimum vieillesse (3) et une aide aux étudiants (3), ce qui fait du 21. En ressources, on a moins d’allègements de charges pour les PME et les bas salaires (9 millards), une modernisation de l’Etat (5), un pacte solidarité entre Etat et collectivités locales (3) et un plafonnement des niches fiscales (3), donc 20 en ressources.
Au vu des finances publiques de mon pays, je serai fortement tenté de voter pour celui qui sera le plus stricte vis-à-vis de la discipline budgétaire. Il est quand même dommage de voter quasi uniquement en regardant les chiffres, en lisant à peine les lignes pour voir à quoi correspondent les chiffres. Ca va être un vote « utile », dans un nouveau sens du terme.
Voyons donc comment la bataille du chiffrage va évoluer. La guerre est ouverte ….